CV
B. 1985 in South Korea
Lives and works in Paris
Solo Shows
2025 Cicatrices du Silence (duo), Paris, A2Z Art Gallery
2022 Before the Show, Paris, Galerie Odile Ouizeman
2021 Inner Landscape, Seoul, Gallery M9
2019 Water and Earth (duo), Paris, Gallery KF
2018 Eté, mer, nuitI , Paris, Galerie Vincent Lécuyerl
2018 Superflux , Paris, Korean Cultural Center
2017 The Force of the instant , Paris, CFOC
2016 Abstract Landscapes , Paris, Galerie Vincent Lécuyer
2015 Dreams and Reliefs , Paris, Gallery 89
Group Shows
2026 Une Rose, Mille Mondes, Chateau l'Hospitalet, Narbonne
2026 Parrotgration, Jiushi Art Museum, Shanghai
2026 Une Rose, Mille Mondes, A2Z Gallery, Paris
2025 ArtFair<Art021>Shanghai, A2Z Gallery, Shanghai
2025 Interlude , Paris, A2Z Gallery Paris
2024 Your Endless Summer, Paris, Galerie Sabine Bayasli
2024 En Apesanteur , Paris, A2Z Art Gallery
2023 <여기에도, 눈> , Busan, KT&G Sangsangmadang
2023 Artiste infiniment infini , Paris, Galerie Basia Embiricos
2022 Le Retour , Seoul, Gallery M9
2022 Une autre scène de Corée , Paris, Galerie Odile Ouizeman
2022 The beauty of litte thing , Seoul, Gallery M9
2022 Art Fair <ART PARIS> 2022, Paris, Grand Palais Ephémère
2022 Tongyeong Triennale < TAKE YOUR TIME >, Tongyeong(Ko)
2021 8 Femmes Paris, Galerie89
2021 Regard du temps, Paris, CulturFoundry
2016 Art Fair <Paris Artistes>, Paris, Bastille Design Center
2016 Dessins, Peintures, Sculptures , Paris, La Capitale Galerie
2016 Abstractions, Paris, Galerie 89
2015 Open studio, Paris, Cité Internationale des Arts
2015 BurnOUT, Bagnolet, L’amour
2015 Distribution of a collective film , Lot, Rencontres-Castelfranc
2014 La voiture dans le jardin, Aulnay sous bois
2013 Jeune Création 63rd edition, Paris, Centquatres
2009 Le paroxyste indifférent, Seoul, Kookmin Art Center
2008 ASYAAF, Seoul
Résidence
2015 Cité Internationale des Arts
Educations
2016 MFA in Fine Art, Paris1 University Panthéon-Sorbonne
2009 BFA in Painting, Kookmin University, Seoul, Korea
Artist Statement
EN
For me, painting is not simply a way of looking at the world, but a way of entering into a relationship with it.
My work does not begin with the representation of a fixed subject or the documentation of a particular landscape. What interests me is not the form of things themselves, but the constantly shifting conditions created through their interaction. Nature has long been the point of departure for my work, yet what remains on the canvas today is less the image of mountains or the sea than traces of light, air, time, movement, and the relationships and sensations that emerge between them. Nature is not my subject; it reflects the way I relate to the world.
My paintings do not begin from photographs or preparatory sketches. Experience is not preserved in memory as a fixed image; it is transformed over time and accumulates as new sensations. Painting is a way of following this process of becoming. Responding to chance and intention, to the flow and stillness of paint, the work gradually discovers its own direction. There are moments when I am no longer leading the painting; instead, the painting asks me its next question. I do not rush to answer. I wait.
The canvas is a place where contrasting qualities coexist. Transparency and opacity, movement and stillness, lightness and weight are held in balance. Within a restrained palette, subtle shifts in value and temperature do not describe form so much as they create the rhythm and density of the painting itself. What I seek is not the representation of a particular image, but the experience of the world as it unfolds through painting.
Each work begins by remaining open to possibilities rather than relying on what is already familiar. I place greater trust in an alert state of awareness than in technical mastery alone. The possibility of failure is therefore an essential part of the process, and completion is not a final goal but a temporary state reached along the way.
I do not seek to explain the world through painting. Painting is an ongoing process of continually renewing my relationship with it. For me, an artist's sincerity lies in remaining aware of the distance between one's inner life and the work itself, and in patiently attempting to narrow that distance.
FR
Pour moi, la peinture n'est pas une manière de regarder le monde, mais une manière d'entrer en relation avec lui.
Mon travail ne commence ni par la représentation d'un sujet fixe ni par l'enregistrement d'un paysage particulier. Ce qui m'intéresse n'est pas la forme des choses, mais l'état de transformation permanent qui naît de leurs interactions. Si la nature a longtemps constitué le point de départ de ma pratique, la toile conserve aujourd'hui moins l'image d'une montagne ou de la mer que les traces de la lumière, de l'air, du temps, du mouvement, ainsi que les relations et les sensations qui émergent entre eux. La nature n'est pas un sujet ; elle reflète la manière dont j'entre en relation avec le monde.
Le travail ne commence ni par une photographie ni par un dessin préparatoire. L'expérience ne demeure pas dans la mémoire sous la forme d'une image fixe ; elle se transforme avec le temps et s'accumule en nouvelles sensations. Peindre consiste à suivre ce processus de formation. En répondant aux hasards, aux choix, aux mouvements et aux immobilités de la matière picturale, l'œuvre trouve progressivement sa propre direction. Il arrive même que ce ne soit plus moi qui conduise la peinture, mais elle qui me pose la question suivante. Je ne cherche pas à répondre trop vite. J'attends.
La toile est un lieu où coexistent des qualités opposées. Transparence et opacité, mouvement et immobilité, légèreté et densité s'y équilibrent. Dans une palette volontairement restreinte, les infimes variations de valeur et de température ne cherchent pas tant à décrire les formes qu'à construire la respiration et la densité de l'espace pictural. Ce que je recherche n'est pas la représentation d'une image, mais la manière dont le monde peut être éprouvé à travers la peinture.
Chaque travail demeure ouvert à des possibilités nouvelles plutôt que de s'appuyer sur des gestes devenus familiers. Je fais davantage confiance à une conscience attentive qu'à la seule maîtrise technique. La possibilité de l'échec fait ainsi partie intégrante du processus, et l'achèvement n'est pas un but, mais un état provisoire auquel l'on parvient au cours du travail.
Je ne cherche pas à expliquer le monde par la peinture. Pour moi, peindre consiste à renouveler sans cesse la relation que j'entretiens avec lui. La sincérité de l'artiste réside dans la conscience de la distance qui sépare son monde intérieur de l'œuvre, et dans l'effort patient pour réduire cette distance.
KR
나에게 회화는 세계를 바라보는 방법이 아니라, 세계와 관계를 맺는 방식이다.
내 작업은 고정된 대상을 재현하거나 특정한 풍경을 기록하는 데서 시작되지 않는다. 내가 관심을 두는 것은 사물의 형태보다 그것들이 서로 영향을 주고받으며 끊임없이 변화하는 상태이다. 자연은 오랫동안 작업의 출발점이었지만, 지금의 화면에는 산이나 바다의 모습보다 빛과 공기, 시간과 움직임, 그리고 그 사이에서 형성되는 관계와 감각이 남아 있다. 자연은 대상이라기보다 내가 세계와 관계를 맺는 방식을 비춘다.
작업은 사진이나 사전 스케치에서 시작되지 않는다. 경험은 기억 속에 하나의 이미지로 보존되지 않고, 시간과 함께 변형되며 새로운 감각으로 축적된다. 회화는 그 생성의 과정을 따라가는 일이다. 화면 위에서 일어나는 우연과 선택, 물감의 흐름과 멈춤에 반응하면서 작업은 스스로의 방향을 만들어 간다. 어떤 순간에는 내가 그림을 이끄는 것이 아니라, 그림이 나에게 다음 질문을 건넨다. 나는 그 대답을 서두르지 않고 기다린다.
화면은 서로 다른 성질들이 공존하는 장소이다. 투명함과 불투명함, 흐름과 정지, 가벼움과 무게감은 하나의 화면 안에서 균형을 이룬다. 제한된 색채 안에서 일어나는 미세한 명도와 온도의 변화는 형태를 설명하기보다 화면의 호흡과 밀도를 만들어 낸다. 내가 추구하는 것은 특정한 이미지를 재현하는 일이 아니라, 회화를 통해 세계가 경험되는 방식을 드러내는 것이다.
작업은 언제나 익숙함에 머무르기보다 새로운 가능성을 향해 열려 있다. 나는 숙련된 손보다 깨어 있는 의식을 믿는다. 실패의 가능성은 작업의 일부이며, 완성은 목표라기보다 과정 속에서 잠시 도달하는 하나의 상태이다.
나는 회화를 통해 세계를 설명하려 하지 않는다. 회화는 나에게 세계와의 관계를 끊임없이 새롭게 만들어 가는 과정이다. 작가의 진실성은 내면과 작품 사이의 거리를 계속해서 인식하고, 그 거리를 조금씩 좁혀 가려는 태도에 있다고 믿는다.
TEXTS (FR)
Jihee Han : Chuchotements de la monochromie - Julija Dailidėnaitė Palmeirao
Jihee Han, peintre coréenne vivant à Paris, enchante par son calme, tant dans son regard que dans son œuvre. Dans ses peintures délicates apparaissent des montagnes enneigées, des cascades, des paysages où se mêlent l’immensité du ciel et de la terre, ainsi que les vibrations de l’océan. L’artiste transpose avec finesse les motifs de la nature et les fragments de mémoire sur la toile, qu’elle transforme en un univers mystérieux. Actuellement, elle a quitté le confort de son atelier pour travailler en direct dans les espaces de la Galerie Odile Ouizeman, où chacun peut observer le processus de création de ses œuvres jusqu’au 29 octobre.
Jihee, cela fait longtemps que j’ai envie de t’interviewer. Lorsque j’ai découvert tes œuvres pour la première fois, je me suis demandé d’où venait cette paix et cette harmonie qui s’en dégagent, alors que tu vis dans le quartier si animé de Montmartre. Peux-tu nous parler un peu de toi ? Où es-tu née, où as-tu grandi et qu’as-tu étudié ?
Je suis née à Busan et j’ai grandi à Séoul, en Corée du Sud. Je me suis installée en France en 2010, après l’obtention de ma licence. En Corée, j’ai étudié les arts plastiques et obtenu un diplôme en peinture. Lorsque j’étais étudiante, jusqu’en troisième année, j’ai voulu suivre le plus de cours possible : dessin, gravure, sculpture, photographie, vidéo, peinture traditionnelle coréenne, peinture contemporaine, histoire de l’art, philosophie contemporaine, histoire du cinéma… Puis, en quatrième année, j’ai décidé de me consacrer pleinement à la peinture. Quelques années plus tard, j’ai poursuivi mes études à la Sorbonne en réalisant un master Art de l’image et du vivant.
Pourquoi as-tu finalement choisi la peinture ? Qu’est-ce qui t’a le plus attirée dans ce médium parmi tous ceux que tu as explorés ?
J’aime tout simplement manier les pinceaux et composer des images dans un même espace. J’aime aussi le langage pictural, qui instaure une certaine distance avec la réalité sans jamais être totalement explicite. La peinture ouvre en moi un espace où l’imagination peut se développer librement.
Qu’est-ce qui nourrit ton inspiration ?
Visuellement, je me suis beaucoup nourrie de mes voyages. Depuis toute petite, j’aime observer le courant de l’eau, le mouvement des nuages, les variations de la lumière et des couleurs du ciel. Mais ce n’est pas seulement la nature qui m’inspire. Je pourrais dire que tout vient de la vie elle-même, de l’ensemble de mes expériences : les amitiés, les personnes que je rencontre, la musique classique, l’espace dans lequel je travaille, la mort, les voyages… Tout est lié.
Les artistes rencontrent souvent, au fil de leur parcours, des figures qui deviennent des maîtres spirituels ou des sources d’inspiration. Est-ce aussi ton cas ?
Cela change selon les périodes. À une époque, c’était un écrivain comme Pascal Quignard ; à une autre, des peintres comme Mark Rothko ou Jean Dégottex. Aujourd’hui, c’est Franz Liszt. Depuis plusieurs mois, j’écoute presque exclusivement les Douze Études d’exécution transcendante.
Comment se déroule ton processus de création ? Comment te prépares-tu à commencer une nouvelle œuvre, et à quel moment sais-tu qu’elle est terminée ?
Pour commencer une nouvelle œuvre, j’attends le bon moment pour peindre. Je passe beaucoup de temps à attendre dans mon atelier. Ce « bon moment » est difficile à définir. J’ai besoin d’avoir l’esprit clair, d’être en bonne forme physiquement, de ressentir une certaine tension intérieure tout en conservant une profonde sérénité.
Je n’ai pas besoin d’avoir une image entièrement construite dans mon esprit, ni de partir à la recherche d’une idée ou d’une inspiration. Je sais qu’elles sont déjà là, en moi, et qu’il suffit de les laisser émerger. C’est pourquoi je fais souvent du yoga ou j’écoute de la musique afin d’atteindre cet état.
Une fois que je commence à peindre, tout devient très rapide. Je ne cesse de prendre des décisions jusqu’à ce que la toile trouve son équilibre. Quant au moment où une œuvre est terminée, je ne saurais pas vraiment expliquer comment je le sais. Mais je le sais. Peut-être simplement lorsque je n’ai plus de doute.
Lorsque j’ai visité ton atelier avec le groupe de collectionneurs parisiens « Cultur Foundry », j’ai été frappée par la fraîcheur de tes peintures, leur minimalisme presque scandinave et leur esthétique nordique. Comment décrirais-tu tes paysages monochromes par rapport au paysage pictural français ?
Depuis longtemps, j’essaie de simplifier aussi bien mes idées que ma manière de vivre. Je cherche à peindre un paysage qui soit cohérent avec ce que je suis. Lorsque je travaille, je ne réfléchis pas d’abord à ce que je pourrais ajouter. Je préfère créer un rythme avec un minimum d’éléments. C’est sans doute pour cette raison que ma palette reste très sobre et que mes tableaux laissent souvent une place importante à des espaces volontairement indéterminés.
Quand je dois prendre une décision pour faire avancer une toile, j’évite souvent les premières idées qui me viennent à l’esprit et j’essaie d’éliminer le plus de possibilités possible.
J’ai du mal à généraliser sur le paysage pictural français, mais il est vrai que l’on voit beaucoup de paysages colorés, souvent peuplés de figures, depuis quelques années. Dans ce sens, il est peut-être plus juste de rapprocher mon travail de la peinture abstraite. Je peins des paysages, mais ce sont des paysages mentaux. Je peins des rochers, de l’eau, des branches, le ciel, mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est l’énergie qui les habite, bien plus que leur apparence.
Comment as-tu apprivoisé Paris ? Les cultures coréenne et française sont très différentes. Comment as-tu trouvé ton équilibre entre les deux ?
C’est vrai que les cultures coréenne et française sont très différentes ; dans certains aspects, elles sont presque opposées. La Corée est un pays animé par une énergie tournée vers l’avenir, où le changement est accueilli avec beaucoup de rapidité. En France, j’ai le sentiment que la tradition et la modernité coexistent naturellement.
Depuis l’adolescence, j’étais déjà profondément attirée par la culture française, notamment par sa littérature et son cinéma. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir échanger librement avec les Français, principalement à cause de mon niveau de langue. Mais, avec le temps, je suis arrivée assez naturellement à trouver un équilibre entre ces deux cultures. J’essaie aujourd’hui de retenir le meilleur de chacune.
Te sens-tu heureuse à Paris, en tant qu’artiste et en tant que personne ?
Je vis à Paris depuis plus de dix ans et c’est ici que j’ai véritablement commencé ma vie d’artiste. Aujourd’hui, je m’y sens chez moi. J’ai l’impression de pouvoir être simplement moi-même. J’apprécie particulièrement la manière dont les Français communiquent, échangent et partagent leurs idées.
Ton atelier s’est récemment installé dans un espace public, à la Galerie Odile Ouizeman. Comment vis-tu le fait que des inconnus observent ton processus de création ?
Les premiers jours ont été un peu déroutants. Je ne parvenais pas à trouver une concentration totale. Puis j’ai compris que, dans cette situation, je devais accepter de m’appuyer sur une autre forme d’énergie, différente de celle que je cultive habituellement dans l’intimité de mon atelier. Finalement, ce travail ne se fait pas seulement avec la toile, mais aussi avec moi-même.
Des enfants s’arrêtent parfois devant la vitrine pour regarder ce que je fais. Je vois les voisins passer chaque jour. Certains visiteurs reviennent régulièrement pour observer l’évolution des peintures et suivre le processus de création. Je sens un véritable intérêt de leur part.
En percevant cette attention bienveillante, je découvre que moi aussi, je commence à m’adapter à cette nouvelle situation. Et finalement, réaliser que cette présence ne m’empêche pas d’avancer dans mon travail me donne envie d’aller encore plus loin.
L’interview originale a été publiée dans le magazine lituanien « Literatūra ir menas ».
L’interview originale a été publiée dans le magazine lituanien « Literatūra ir menas »
L’expérience des « Montagnes et eaux » - Dominique Pineau
Dans cette série de peintures que présente Han Jihee, c’est le paysage qui est exploré. Un monde silencieux fait de mers et de montagnes battues par les vents ou figées dans la glace. A l’intérieur de cette variation sur un même thème des dualités sont perceptibles. D’une toile à l’autre, le sujet est formellement en tension entre l’abstraction et le réalisme. De la densité d’un glacier à la fluidité de l’eau, le paysage est soumis à des forces contraires. L’artiste pose un regard sur le paysage qui ne sert pas à représenter une réalité mais à mettre en place un monde en soi. A travers ces toiles on retrouve des références à la grande peinture de paysage romantique, on pense à La mer de glace de Caspar David Friedrich mais aussi à des apports plus orientaux dans la composition et les intentions.
Si les toiles de Han Jihee représentent la mer ou des glaciers, elles n’imitent pourtant pas la nature. Il ne s’agit pas de cette «nature naturée» dont parle Spinoza, comme une reproduction du réel, mais plutôt celle qu’il décrit comme une «nature naturante», c’est-à- -dire, cette nature est en soi, qui suggère un tout, qui est une force de vie comme le philosophe le rappelle dans cette citation.
«Je veux expliquer ici, ou plutôt faire remarquer ce qu’il faut entendre par Nature naturante et Nature naturée. Car déjà par ce qui précède j’estime qu’il est établi que, par Nature naturante, il faut entendre ce qui est en soi et est conçu par soi, autrement dit les attributs de la substance qui expriment une essence éternelle et infinie, c’est-à-dire Dieu, en tant qu’il est considéré comme cause libre ? Par Nature naturée, j’entends tout ce qui suit de la nécessité de la nature de Dieu, autrement dit de la nécessité de chacun des attributs de Dieu, c’est-à-dire tous les mondes des attributs de Dieu en tant qu’ils sont considérés comme des choses qui sont en Dieu, et qui ne peuvent ni être, ni être conçues sans Dieu»
Lorsque l’on est face à ces peintures, il y a comme un passage qui s’opère d’une intériorité à l’autre, celle de l’artiste qui parle à celle du regardeur. A travers ce lien intime qui se noue, celui qui regarde ressent face à ces paysages, la solitude de l’artiste qui est une solitude désirée, comme un exercice spirituel et vécue comme un approfondissement de soi.
Si l’on observe chacune des compositions, l’absence de perspective et la frontalité invitent à embrasser la totalité de la toile du regard.
A l’étude d’un tableau comme «Landscape on Withe 2» on découvre une genèse qui se met en place sur la toile. Les éléments, l’eau, l’aire, la pierre se juxtaposent et les plans se superposent dans la composition pour former le vocabulaire d’un paysage dans sa pure essence. Cette radicalité des éléments peint sur la toile va à l’essentiel et produit des allers et retours entre le réel et l’abstraction.
Pour ses tableaux, l’artiste choisit soigneusement la qualité de ses toiles, sa palette se limite à trois couleurs des nuances de blanc, de noir et du bleu. Avec cette colorimétrie minimaliste, HAN Jihee travaille la richesse de son médium tantôt épais ou fluide, tantôt mat ou brillant avec parfois une volonté de réduire sa peinture à sa seule matérialité. A ses préparations toutes en transparence, elle ajoute souvent des pigments noirs pour donner un effet vibrant à sa peinture. Sur la toile, sa touche en larges coups de brosse donne une dynamique à ses compositions. Dans certaines toiles, l’emploi du blanc ouvre l’espace au-delà du cadre alors que pour d’autres le sujet est plus contenu.
A la différence de la tradition picturale européenne, on retrouve dans les peintures de Han Jihee certains aspects qui envoient vers le paysage pictural chinois, qualifié de «montagnes et eaux» (chanchui). Il constitue un tout cosmique, composé de la paire montagne et eau. Le principe yang de la verticalité pour la montagne et le principe yin de l’horizontalité pour l’eau. Ce paysage n’est pas l’ouvre de la nature mais le résultat d’une interaction d’un regard porté sur le monde. Les œuvres de Han Jihee, au-delà du sujet représenté, interprètent la nature, lui donnent un sens et une dimension symbolique. Comme dans l’art de dresser les pierres, les montagnes ou icebergs sont disposée avec précision sur la toile et jouent ce rôle symbolique d’abri des esprits.
Dans l’œuvre de l’artiste, les apports des différentes traditions se côtoient et proposent un regard nouveau sur le paysage. Ce que l’on perçoit à travers les peintures de Han Jihee, c’est que les transmutations perpétuelles des forces de la nature qui s’expriment sur la toile, sont peut-être aussi celles qui animent l’être spirituel.
La Force de l'Instant - Joséphine Dupuy Chavanat
Entre voyage pictural et exploration des états de l’eau, les œuvres de Jihee Han se situent entre la figuration du paysage naturel et l’abstraction. Une mer calme, un iceberg en suspension, des monts enneigés ou des chutes d’eau cohabitent au fil des coups de pinceaux. La palette chromatique de cette jeune artiste coréenne nous plonge dans un calme apaisant suspendu dans le temps. Elle nous emmène de l’altitude 0 de l’océan aux nuages qu’atteignent les sommets montagneux. Cette escalade depuis l’état liquide jusqu’à l’état solide est aussi une quête spirituelle mêlant la dualité du Ying et du Yang. Solidité et rigidité, noir et blanc, vide et plein, sont des contradictions par lesquelles la peintre cherche à marier l’esprit et le corps. « Le plus dur à peindre, c’est le spirituel qui devient matérialité » nous dit-elle lorsqu’elle définit ses « paysages abstraits ». Jihee Han maîtrise à la perfection la légèreté des traits qui traduisent le mouvement des éléments. La présence et le geste spontané de l’artiste sont palpables et laissent progressivement place à des compositions qui apaisent nos sens. Un roc ou une banquise se décrochent de la composition, alors portés de manière éblouissante par le vide laissé par l’artiste. La force de suggestion créée par le blanc permet à notre esprit de se libérer, de voyager et d’explorer ces contrées proches de l’abstraction dans lesquelles l’homme est dépassé et dépossédé. Si la palette de Jihee Han nous semble limitée au premier regard, elle est pourtant une aventure de couleurs, de tons, du bleu au gris, qui nous laisse le temps de respirer et de rêver.
La méditation est en effet le point de départ de toute œuvre de Jihee Han, qui commence par faire le vide avant de prendre de tendre sa toile sur le châssis. Pas d’esquisse préliminaire, mais une image mentale se forme à partir de ses souvenirs de voyage et de son quotidien. A la manière des œuvres lumière de Turner ou des nymphéas de Monet, les formes de la nature de ces peintures disparaissent dans le trouble de la perception.
Han Jihee, la lapidaire - Ileana Cornea
« Je collectionne des images, dans ma tête. Avant de travailler je dois faire le vide. L’approche de la toile passe par la concentration. Si je le rempli, je ne suis pas à mon aise. J’aime la couleur, mais elle trahit mes intentions. J’ai déjà peint des portraits. Ils me font face. Ils prennent trop de place, ils ne respectent pas la distance dont j’ai besoin quand je peints. La grande motivation de mon travail c’est la solitude.»
Han Jihee recule pour mieux sauter. Seuls les paysages stimulent la distanciation mentale et physique dont elle a besoin. Les feuilles, les arbres, les personnages, les perspectives sont absents dans ses œuvres. Trop anecdotiques, trop narratifs pour qu’elle y croit.
Dans ses images, les traits comme des gemmes taillées, les couches transparentes de peinture comme des fluides, provoquent le mouvement. Son travail serré laisse l’espace à l’espace. Ses toiles respirent comme des poumons.
Tel un lapidaire, elle taille, elle élimine le superflu. Cézanne voulait contenir la montagne sainte Victoire sur la toile. L’artiste coréenne envisage sa montagne de mémoire, privilégiant à son tour la peinture et ses valeurs.
Elle en retient le jeu subtil se profilant dans la nature comme dans la peinture, la dualité orientale du Ying et du Yang. Le tactile et le fluide, l’opacité et la transparence, le noir et le blanc se cherchent à travers une sensualité raffinée. Un peu de bleu donne du relief et fait vibrer les images. Rebelle, une goute s’échappe du pinceau: « La peinture doit rester peinture c’est à dire rythme. » En peinture comme dans la vie, tout ne doit pas être maîtrisé.
L’artiste cultive l’hygiène du propos et la délicatesse dans la simplicité. La souplesse de l’exécution et la pureté de l’image n’excluent pas cette rage et cette force que l’on aperçoit dans son geste. Donner à voir passe par la révolte ; elle déchire les bords de ses œuvres comme pour mieux cerner la précieuse création. « La technique peut aussi donner des émotions. »